Situé à l’ouest de Gap, dans les Hautes-Alpes, à cheval entre les communes de La-Roche-des-Arnauds et de Manteyer, se trouve une zone passionnante pour qui s’intéresse un peu à la nature. Le marais de Manteyer est à la fois riche en flore et en faune et mérite vraiment le détour.
Entre 930 et 960 mètres, ce magnifique marais ne passe pas inaperçu quand on se rend de Gap à Veynes. Situé dans la vallée du petit Buëch, entre la face sud du Pic de Bure et la face nord de la montagne de Céuse, le marais bénéficie de l’apport en eau de deux bassins versant majeurs garantissant une relative humidité de la zone, même si d’année en année cette dernière se fait un peu plus rare dans nos régions. Sa partie centrale est colonisée par une roselière très étendue abritant en son centre un point d’eau permanant (le « Lac »). Cette roselière est entourée de prairies humides comportant des haies de feuillus. Plus original pour un marais, la partie Est comporte une zone très sèche perchée sur une petite bute. Enfin, le marais comporte des pâturages, des cultures de céréales et des prairies de fauche.
Photo prise après l’incendie de novembre 2004
Statut juridique de la zone
Le marais de Manteyer bénéficie de la protection d’un Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (A.P.P.B.) qui fixe des règles strictes de gestion sur ce territoire. Cet arrêté du 26 mars 1986 règlemente les pratiques humaines telles que la chasse, la pêche et l’agriculture. Les travaux de quelque nature que ce soit sont également interdis dans le territoire de l’arrêté sans demande de dérogation argumentée.
Point important, le territoire comporte une zone dite « à réglementation spécifique » où toutes pratiques agricoles ou pastorales sont interdites. Cette zone particulière concerne principalement la roselière et les prairies humides. Sa délimitation sur le terrain n’est pas forcément visible car basée sur un cadastre particulièrement compliqué.
Les feux sont également interdits sur tout le territoire de l’A.P.P.B., même si dans les faits, le marais brûle presque tous les ans par suite d’actions volontaires de personnes que l’on ne cherche pas trop à identifier…
Depuis 2006, cette zone est intégrée dans Natura 2000 et classée comme ZPS (Zone de protection spéciale). L’état d’avancement de Natura 2000 dans la région ne me permet pas pour l’instant d’en dire plus sur les futures implications dans le marais.
Quelques chiffres
| Superficie de l’arrêté de Biotope | 66 ha |
| Superficie des zones humides | 50 ha |
| Part de la roselière | 51% |
| Part des prairies humides | 16% |
| Part des cultures | 12% |
| Part des eaux stagnantes et courantes | 6% |
| Classement en A.P.P.B. | 1986 |
| Classement en ZPS Natura 2000 | 2006 |
Une zone riche en oiseaux.
Le marais est particulièrement connu des ornithologues pour la grande variété des espèces d’oiseaux que l’on peut y rencontrer. Avec presque 170 espèces dont 80 nicheuses, cette zone est une des plus riches du département même si certains connaisseurs estiment que cette grande diversité n’est pas aussi forte qu’il y a quelques années. Parmi les espèces habituées du coin, 32 dont 9 nicheuses sont inscrites dans l’annexe 1 de la « Directive oiseaux ». Parmi les oiseaux remarquables, on citera par exemple : le Busard Saint-Martin, l’Alouette Lulu, le Butor étoilé, la Marouette ponctuée, la Pie-grièche écorcheur…
Une richesse végétale exceptionnelle.
Si le marais est très riche en oiseaux, il l’est également en espèces végétales patrimoniales. Au moins 8 espèces protégées sont présentes dans le territoire de l’A.P.P.B. De nombreuses espèces patrimoniales inscrites dans les différents livres rouges sont également présentes sur le territoire. Parmi les espèces végétales intéressantes, on peut citer :
Le Rubanier nain (Sparganium minimum) : Ce petit rubanier se rencontre dans le ruisseau parallèle à la route. La détermination des rubaniers peut s’avérer délicate et nécessite une observation très attentive de la plante. Dans l’état actuel de gestion du territoire, il est piétiné par les troupeaux de bovins qui se rendent dans ce même ruisseau pour s’abreuver. Il est protégé au niveau régional PACA.
L’Ophioglosse (Ophioglossum vulgatum) : Cette petite fougère archaïque comportant une feuille stérile et un épi fructifère ne pose aucun problème de détermination. Il est abondant dans les parties Est et Ouest du Marais, dans les pelouses temporairement humides. Des travaux de drainage ont probablement détruit un grand nombre d’individus en partie Est du marais. Dans la partie Ouest, elle se trouve dans une zone ouverte au pâturage bovin et subit une forte pression de piétinement. Plante protégée au niveau régional PACA.
Population d’Ophioglosses dans la partie Ouest du marais.
L’Orchis punaise (Anacamptis coriophora subsp. coriophora) : Il forme de grandes colonies en partie Est du marais. Les populations de cette plante semblent s’être « déplacées » cette dernière année suite à des modifications d’hygrométrie de certaines zones. Depuis deux années, de très nombreuses plantes ont gelé avant maturité. Plante protégée au niveau national.
L’Orchis des marais (Anacamptis palustris) : Plus rare que l’espèce précédente, il est présent en petite quantité en bordure de zones plus humides. Il est beaucoup plus fragile et son maintien est précaire dans cette zone. Il peut être considéré comme protégé au niveau national au titre d’ancienne sous-espèce de l’Orchis punaise.
La Gesse des marais (Lathyrus palustris subsp. palustris) : Plante des zones à Carex elata poussant au milieu des touradons dans la zone peu inondée, elle est très rare en secteur méditerranéen. Cette espèce est particulièrement concernée par le respect des règles de gestion – et notamment de pâturage – mise en place sur le marais. Plante protégée au niveau régional PACA.
Le Pédiculaire des marais (Pedicularis palustris) : Ce pédiculaire des zones humides a été indiqué au marais de Manteyer mais n’a pas été retrouvé en 2005. Sa présence y est toutefois probable et une prospection approfondie pourrait permettre de le retrouver. Cette plante est très rare en secteur méditerranéen, ce qui justifie son statut de protection régional PACA.
La Violette naine (Viola pumila) : Les Hautes-Alpes ne comptent que trois stations de cette plante en forte régression sur notre département. Elle est présente dans la partie Ouest du marais (découverte personnelle en 2005) où, tout comme l’Ophioglosse, elle subit une très forte pression de piétinement. Cette plante est protégée au niveau régional PACA.
La Gagée des champs (Gagea arvensis) : Elle est présente dans plusieurs pâturages et prairies de fauche de l’A.P.P.B. Sa floraison très précoce fait qu’elle doit être recherchée au printemps. Bien que très abondante dans le département, cette plante est protégée au niveau national.
Prairie humide avec Orchis punaise en grande quantité
Quelques espèces patrimoniales et/ou intéressantes.
Le Sélin à feuilles de Cumin (Selinum carvifolium) : Ombellifère des zones plus ou moins humides, cette plante a été découverte dans une zone restreinte en partie Est du Marais. Habituée des zones d’influence climatique continentale, elle était sensée ne plus exister en climat méditerranéen. Cette station très « sudiste » est donc très intéressante.
La Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe) : Cette magnifique plante habituée des marécages et des prairies humides est en régression générale par suite de la disparition progressive de son biotope de prédilection. Le département des Hautes-Alpes compte un certain nombre de stations qu’il se doit de protéger efficacement. Aucun statut officiel ne protège cette espèce (oublie ?).
L’Utriculaire négligée (Utricularia australis) : Cette plante aquatique est très abondante dans le « lac » situé en partie centrale de la roselière. L’accès très difficile à cette zone constitue une bonne protection pour cette station. Cette plante est très rare et localisée dans les Hautes-Alpes.
La Scutellaire casquée (Scutellaria galericulata) : Plante des marécages et pelouses humides dont les Hautes-Alpes ne comptent que 3 stations. Plus fréquente sous des influences continentale ou atlantique, cette plante est rare en climat méditerranéen.
Le Saule rampant (Salix repens) : Arbrisseau des tourbières et des marécages, ce saule est rare dans les Hautes-Alpes bien que localement abondant à Manteyer et sur le plateau Bayard.
L’ail très scabre (Allium Scaberrimum) : Plante messicole (des moissons), cet ail est abondant dans les quelques cultures présentes dans le territoire de l’A.P.P.B. Il est endémique de notre région et était protégé jusqu’en 1995. Cette protection n’étant pas applicable sur les « parcelles habituellement cultivées », nombre de messicoles ont été supprimées de la liste des espèces protégées lors de sa dernière révision.
L’Orchis de mai (Dactylorhiza fistulosa), l’Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata) et l’Epipactis des marais (Epipactis palustris) constituent également un cortège de plantes intéressantes. Orchidées des zones humides, elles sont assez souvent en régression par suite de la disparition de leur biotope.